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Quand l’IA passe devant les amis, la famille et le médecin - chez les plus fragiles

Plus d’un jeune Français sur quatre vit aujourd’hui avec une suspicion de trouble anxieux généralisé. Et quand on demande à ces jeunes-là - les plus fragiles, ceux qui auraient le plus besoin d’un cadre humain et professionnel - avec qui il leur est le plus facile de parler de leurs problèmes, ils placent désormais l’intelligence artificielle en tête. Devant les amis, devant le psychologue, devant le médecin, devant les parents.

Les chiffres clés de l'enquête, en bref (vidéo muette).
Les chiffres clés de l'enquête, en bref (vidéo muette).

Une enquête sur 3 800 jeunes Européens

Ce constat vient d’une enquête menée par Ipsos BVA pour le Groupe VYV et la CNIL, réalisée en janvier 2026 auprès de 3 800 jeunes de 11 à 25 ans, en France, en Allemagne, en Suède et en Irlande. La détection de l’anxiété s’appuie sur l’échelle clinique GAD-7 ; l’enquête respecte la norme ISO 20252.

Le recours à l’IA est désormais massif : 86 % des jeunes Français déclarent utiliser une intelligence artificielle, dont déjà deux tiers des 11-12 ans. Chez les jeunes anxieux (score GAD-7 ≥ 10), ce taux grimpe à 93 %.

Globalement, les proches d’abord - mais pas chez les anxieux

Pour l’ensemble des jeunes interrogés, l’ordre reste classique. Quand on demande avec qui il est le plus facile de parler de ses problèmes :

  • les amis : 68 %
  • les parents : 61 %
  • une IA : 51 %
  • le médecin : 49 %
  • le psychologue : 37 %

L’IA arrive donc en troisième position, ce qui est déjà notable. Mais le basculement se produit chez les jeunes anxieux. Pour ce sous-groupe, le classement s’inverse :

  • une IA : 58 %
  • les amis : 55 %
  • le psychologue : 42 %
  • le médecin : 38 %
  • les parents : 36 %

Autrement dit : ceux qui souffrent le plus se tournent en premier vers la machine, et placent leurs parents en dernier. Près de la moitié des jeunes (48 %) déclarent aborder avec une IA des sujets personnels ou intimes, et un tiers (33 %) s’en servent parfois comme d’un « psy » - une proportion qui monte à 46 % chez les anxieux.

Une confiance qui devance la compréhension des risques

Ce report vers l’IA s’accompagne d’une confiance élevée, et parfois mal calibrée. Parmi les jeunes utilisateurs :

  • 69 % jugent les conseils de l’IA fiables ;
  • 56 % pensent qu’elle garde leurs confidences secrètes ;
  • 51 % estiment qu’elle protège leurs informations personnelles.

Or, dans le même temps, seuls 32 % disent savoir ce que deviennent les données qu’ils confient, 34 % se sentiraient mal à l’aise s’ils recevaient un conseil inapproprié, et 85 % réclament davantage d’information sur ces outils. La confiance précède donc la compréhension : les jeunes se livrent à des systèmes dont ils ignorent largement le fonctionnement, la conservation des données et les limites.

Ce que rappellent la CNIL et le Groupe VYV

Pour Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, ces résultats appellent à donner aux jeunes les clés de compréhension de ces outils plutôt qu’à les en écarter. Stéphane Junique, président du Groupe VYV, souligne que l’IA ne saurait remplacer le lien humain et l’accompagnement professionnel, en particulier pour les plus vulnérables. Les deux institutions ont lancé l’initiative européenne AI*me pour outiller l’éducation des jeunes au numérique.

Une IA conversationnelle peut écouter sans juger, à toute heure, gratuitement - ce qui explique son attrait pour un adolescent en souffrance. Mais elle ne pose pas de diagnostic, ne détecte pas une situation d’urgence, ne garantit pas la confidentialité d’un soignant et n’oriente pas vers une prise en charge. Pour un mal-être qui s’installe, elle ne remplace ni un proche, ni un professionnel.

Si vous, ou un jeune de votre entourage, traversez une période difficile

Cet article est un relais d'information, pas un avis médical. Des professionnels sont joignables gratuitement et confidentiellement :

  • 3114 - numéro national de prévention du suicide, 24h/24, 7j/7, gratuit et confidentiel.
  • Fil Santé Jeunes - 0 800 235 236 - écoute anonyme et gratuite pour les 12-25 ans, tous les jours de 9h à 23h.
  • 15 (SAMU) ou 112 (numéro d'urgence) - en cas d'urgence vitale.

Publié le 4 juin 2026. · Sujets : sante-mentale, jeunes, ia, anxiete.